Une photographie d'un lac bleu et calme. À gauche, on aperçoit une dalle de roche plate sur laquelle se trouve un phare blanc. À droite, on voit l'autre côté de la terre rocheuse. Le ciel est bleu avec des nuages gris clair.

Le personnel et le politique :

répondre aux crises contemporaines

vendredi 11 juin 2021 | 14h30 - 16h00

Séance simultanés en direct sur Zoom; français et anglais parlé. Aucune interprétation ou traduction ne sera proposée pour cet événement.

(PRÉSIDENCE : JOËL BEDDOWS) ANDREA UBAL RODRÍGUEZ & YANA MEERZON

Se joindre à la salle C

Entre la gauche et la droite : mettre en scène la polarisation politique, émotionnelle et sociale au Canada    

YANA MEERZON

Dans Fahrenheit 11/9, un film documentaire datant de 2018, Michael Moore accuse l’oligarchie américaine d’avoir permis l’ascension de Donald Trump. Il souligne aussi la manière experte avec laquelle Trump a manipulé les médias, dont l’appétit pour les nouvelles sensationnelles serait à l’origine du « trumpisme ». Dans son livre For a Left Populism, Chantal Moufe identifie d’autres conséquences semblables de la rhétorique populiste. Elle avance que le temps est venu pour la gauche de reconquérir l’arène politique en usant de stratégies inspirées des performances populistes (2018).

Mais quelles formes de spectacle pourraient s’attaquer à de tels enjeux philosophiques ? Un théâtre documentaire qui s’inspirerait des divisions politiques actuelles, qui s’adresserait à un public éduqué et qui prêcherait aux convertis serait-il une bonne approche ? Un théâtre de rue aux allures de manifestation serait-il plus à propos ? Et pourquoi pas un spectacle communautaire auquel participeraient des libéraux gauchistes et des personnes issues de milieux défavorisés ? Il n’y pas de réponse unique à cette question. Tout dépend du contexte. Chaque projet politique doit choisir une approche théâtrale en tenant compte de ses préoccupations et de son public cible. Une provocation peut parfois suffire à éveiller les consciences politiques, surtout lorsqu’elle oblige un public libéral à examiner ses valeurs conservatrices, si enfouies soient-elles.

L’assemblée est un bon exemple d’une telle provocation. Cette pièce a été écrite par Alex Ivanovici, Annabel Soutar et Brett Watson de la compagnie montréalaise Porte Parole. Chris Abraham en a signé la mise en scène. Inspirée d’entrevues avec des militants pro-Trump, L’assemblée est une réponse théâtrale à la montée actuelle de l’extrémisme et du tribalisme. Elle n’enseigne pas la bonne conduite en politique et ne réconcilie pas les points de vue des personnages. Elle contrevient donc aux attentes des spectateurs. Il n’est pas surprenant que L’assemblée se soit attiré des éloges et des critiques après seulement quelques années. Un article rédigé par Kelly J. Nestruck dans The Globe and Mail intitulé « The Assembly aims to illuminate, but only simulates today’s divisive politics » a d’ailleurs fait polémique. On le retrouve depuis dans le spectacle.

Cette communication propose d’examiner les mécanismes de provocation et d’engagement politique employés dans L’assemblée. J’identifierai les esthétiques et les stratégies inspirées des spectacles populistes susceptibles d’éveiller des émotions, des croyances et des points de vue politiques. J’aborderai aussi les avantages et les inconvénients de l’affect au théâtre quand vient le temps de sonder les opinions politiques des spectateurs.

Notice biographique :

Yana Meerzon est professeure au Département de théâtre à l’Université d’Ottawa. Elle est présidente de l’Association canadienne de la recherche théâtrale depuis juin 2020. Son champ d’intérêts comprend le théâtre et l’exil, la migration et les études culturelles et interdisciplinaires. Elle est l’autrice de trois volumes. Son plus récent ouvrage, intitulé Performance, Subjectivity Cosmopolitanism, est paru chez Palgrave en août 2020.

 

Un estallido social (une révolte populaire), une maladie silencieuse, une pandémie mondiale : Comment continuer à faire du théâtre dans ce contexte?

ANDREA UBAL RODRÍGUEZ 

Cette réflexion porte sur les détours qu’il a fallu emprunter pour donner corps à la création Alas para volar : récit autobiographique à 3 voix et 3 corps dans le cadre de mon doctorat en études et pratiques des arts. Un travail qui portait sur la mémoire familiale intergénérationnelle que je développais avec ma mère et ma fille.

Comment, (pourquoi) continuer à faire du théâtre dans ce contexte? C’est la question à laquelle je me suis confrontée en plein processus de création dans une démarche en théâtre biographique dans laquelle je me proposais de collecter des expériences de la mémoire du quotidien de trois femmes chiliennes pour les transposer à la scène. À partir de l’automne 2019, les événements personnels, sociaux, et mondiaux ont bousculé: un présent incertain imposant à la démarche de création, ces contraintes à la fois inattendues et inconnues. 

Comment s’adapter? Comment passer du Convivio théâtral au tecnovivio (Dubatti, 2015)? Comment faire face à l’impossibilité de la coprésence des corps dans un espace-temps concret? Comment penser aux corps qui ne se limitent pas à la dimension physique dans une démarche où la virtualité émerge comme alternative de création? Comment tisser la dramaturgie scénique, la Corpographie (Berenstein-Jacques, 2006) dans ce contexte? Comment aborder une démarche hybride de création à distance? Comment d’adapter à une nouvelle ère du théâtre avec des contraintes sanitaires qui imposent des règles inédites autant en salle de répétition qu’au moment de la (re)présentation? Ce sont les questions que j’aborderai dans cette communication.

Notice biographique :

Andrea Ubal Rodríguez est comédienne et metteuse en scène. Diplômée à l’école de théâtre de l’Université Catholique du Chili. Elle détient une Maitrise en Théâtre (École Supérieure de Théâtre de l’UQAM, 2012) et présentement elle est doctorante en études et pratiques des arts (UQAM). 

Ses recherches-création portent sur des sujets liés à la mémoire, l’identité et à la transmission de témoignages sur scène; des méthodologies pour la formation d’acteurs et le théâtre communautaire. Elle a enseigné le jeu et le mouvement à l’école de théâtre de l’université catholique du Chili et autres centres de formations d’acteurs à Santiago.

En tant que comédienne et réalisatrice, elle a participé à nombreuses productions indépendantes au Chili et a collaboré à des projets artistiques au Québec, tant au niveau professionnel, communautaire qu’universitaire.